Samba pour Sambo

Sambo adore la canne à sucre

Sambo est à la fête en ce beau dimanche 17 janvier. Une centaine de personnes se sont déplacées au Wat Phnom pour célébrer son anniversaire dans le jardin ombragé qui ceinture la célèbre colline de Phnom Penh. Sambo est une grosse dame de 50 ans, qui est encore célibataire et qui a dévoré, toute seule, son énorme gâteau confectionné à base de fruits de saison (bananes, mangues, papayes). La quinquagénaire est en effet végétarienne sans pour autant être adepte des régimes amincissants du type « Weight Watchers ».

Précisons enfin que cette grosse gourmande pèse la bagatelle de 5 tonnes. Sambo est en effet le seul éléphant de la ville et c’est la première fois de sa vie qu’on fête son anniversaire. Cinq moines bouddhistes sont venus la bénir alors que les invités chantaient en cœur et en khmer « Happy Birthday Sambo ».

L’animal a été capturé dans la jungle près de Kompong Speu il y a 42 ans. L’éléphant a passé 4 années difficiles sous le régime des Khmers Rouges. On le faisait travailler férocement dans des rizières pour creuser des canaux d’irrigation ou dans les bois pour transporter des arbres beaucoup trop lourds.

Sa jambe a été blessée durant cette mauvaise période et on peut en voir les conséquences sur sa patte arrière gauche : une vilaine cicatrice montrant une cavité témoigne de la barbarie des sauvages de l’époque. Elle n’avait que 15 ans en avril 1975.

Sambo est arrivée dans la capitale khmère en 1982. C’est désormais une vraie citadine, aguerrie à toutes les chausse-trappes et tous les traquenards de la circulation, sans foi ni loi, de la capitale khmère.

L’animal ingurgite chaque jour 70 kg de nourriture, principalement des fruits et de la canne à sucre, au grand dam de son cornac qui se ruine pour sa bête. Afin de financer ces faux frais et de parvenir à une autosuffisance, l’éléphant promène tous les jours sur son dos des enfants, des touristes et des curieux plus ou moins fortunés.

L’animal circule sur la chaussée dans un trafic intense et ininterrompu. A petits pas de géant mais sans grand bond pour l’humanité, Sambo effectue une sorte de samba évitant une moto folle, un tuk-tuk débridé ou une berline de luxe, accomplissant le tour du Wat Phnom en quelque 20 minutes.

Ce dimanche 17 janvier, dans l’après-midi, Sambo s’est arrêtée quelques instants devant le restaurant « Le Deauville » alors qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant. Quelques heures plus tard, quelques rues plus loin, André Calabro, 52 ans, le patron du Deauville, nous quittait des suites d’une longue et vilaine maladie. Il sera incinéré ce jour dans un Wat de la périphérie de Phnom Penh, et ses cendres seront dispersées, le lendemain jeudi, dans le Mékong amer.

Un proverbe bouddhiste dit que l’éléphant est le plus sage des animaux, le seul qui se souvienne de ses vies antérieures. Aussi se tient-il longtemps tranquille méditant à leur sujet. Sambo l’éléphant serait-il aussi un passeur d’âmes dans la capitale du pays du sourire ?


Bernard L.B., 20 janvier 2010

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