Michèle Morgan

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Pas de Noël pour Simone Roussel

Cette belle dame, que j’ai connue personnellement à Deauville en 1971, vient de nous quitter trois jours avant les fêtes de Noël. Pas de chance pour Simone, qui avait vécu 96 printemps mais qui ne vivra pas son 96ème Noël. En fait de sapin, elle ne connaitra que les quatre planches de son cercueil, en ce 23 décembre 2016. Evidemment avec un tel prénom, son destin d’actrice eut été plus éphémère et probablement moins populaire.

Au début du film « Tenue de Soirée » Gérard Depardieu entreprend Miou Miou qu’il vient de gifler parce qu’elle moquait et humiliait son copain Michel Blanc.

Depardieu fait des hypothèses sur son prénom :

– Tu t’appelles comment ? Simone, Denise, Monique ?

– Monique !

– J’en étais sûr, même pas foutue d’avoir un prénom original.

Simone Roussel, cela sonnait mal pour devenir une star, elle choisit le pseudonyme de Michèle Morgan. Initiales MM comme AA Anouk Aimée, BB Brigitte Bardot, CC Claudia Cardinale, DD Danièle Darrieux, SS Simone Signoret.)

La vieille dame repose depuis vendredi au cimetière de Montparnasse aux cotés de son dernier mari qui se nommait Houry Tannenbaum. Et Tannenbaum, en allemand  cela veut dire «sapin». Curieuse et étrange coïncidence. Simone a eu trois maris et, du premier qui était américain, un seul enfant, Mike.

Elle avait de beaux yeux bleus turquoise et c’est grâce à ce regard étincelant d’azur qu’elle fit ses premiers pas au cinéma. Le film de Marcel Carné, « Quai des Brumes » (1938), d’après le roman de Pierre Mac Orlan, la rendit aussitôt célèbre avec la réplique culte de Jean Gabin :

  • T’as d’ beaux yeux, tu sais.

En off, Gabin rajouta :

  • Avec ces yeux là, t’as du en embarquer pas mal. 

Dans les années 40, sa carrière aux USA ne fut pas concluante, malgré un contrat très avantageux avec la RKO. Elle tourna 5 films aux States, qui furent tous décevants.

En 1941, Hitchcock cherchait son héroïne pour « Soupçons », avec Gary Grant. Les essais avec Michèle Morgan ne furent guère convaincants, son anglais étant jugé insuffisant. Le metteur en scène préféra l’actrice américaine Joan Fontaine pour le rôle de Lina.

Pressentie en 1942 pour jouer dans « Casablanca » avec Humphrey Bogart, la production américaine RKO choisit Ingrid Bergman dont les prétentions financières étaient bien moindres.

Deux grands rôles lui échappent ainsi. Elle le regrettera par la suite, et elle le précise dans son livre autobiographique « Avec ces yeux-là » paru en 1977.

Elle refuse  aussi des rôles importants :

  • en 1948 dans Johny Belinda, qui vaudra à sa remplaçante Jane Wyman un Oscar à Hollywood. 
  • En 1953 dans Thé et sympathie de Vincente Minelli. Deborah Kerr sera Laura Reynolds à la place de MM.
  • En 1961 dans La nuit d’Antonioni. Jeanne Moreau jouera le rôle prévu pour elle.

En 1946, elle est couronnée à Cannes pour le rôle dans La symphonie pastorale de Jean Delanoy.

En 1953, elle tourne au Mexique, avec Gérard Philipe, Les orgueilleux d’Yves Allégret. Un film très émouvant et de grands rôles pour les deux vedettes. Une scène torride, où l’on aperçoit Michèle en jupons sous un ventilateur, avait troublé Martin Scorcese qui n’avait que douze ans quand il vit le film en Amérique.

En 1960, elle joue avec Bourvil dans Fortunat d’Alex Joffé. Frédéric Mitterand joue le rôle de Maurice, il a alors douze ans et n’a pas encore connu « la mauvaise vie ».

Claude Chabrol engage Michèle Morgan en 1962 pour Landru, avec l’excellent Charles Denner dans le rôle du tueur. Michèle est Célestine Buisson, une des victimes de Landru.

Sa carrière au cinéma décline ensuite.  La nouvelle vague (Truffaut, Godard) lui préfère des actrices plus jeunes et peu connues comme Claude Jade, Anna Karina ou Jean Seberg.

En 1967, elle tourne Benjamin, de Michel Deville et, en 1975, Claude Lelouch lui donne son dernier grand rôle dans Le chat et la souris. Serge Reggiani, Philippe Léotard et Jean-Pierre Aumont sont ses principaux partenaires.

Eté 1971, je fais la saison à Deauville. Le pharmacien Claude-Elie Mantout, qui tient la pharmacie de l’Horloge à Deauville, a engagé deux étudiants en 4ème année de pharmacie pour étoffer une équipe de cinq vendeuses et un pharmacien assistant. En trois mois, ce sera un défilé invraisemblable de célébrités, de millionnaires et d’excentriques en tout genre. Parmi cette flopée de stars, Eddy Constantine, Philippe Bouvard, Madame Moncorgé (l’épouse de Jean Gabin), Sylvie Vartan, Johny Hallyday, Gilbert Montagné et j’en oublie beaucoup.

Parmi toutes ces vedettes bien visibles, une dame élégante et plutôt effacée me fascinera par ses yeux. Elle a 51 an, et les employées m’apprendront qu’il s’agit de Michèle Morgan. L’actrice vient de présider en mai le festival de Cannes, qui a vu la victoire du film de Joseph Losey The go-between, battant de peu Mort à Venise, de Luchino Visconti.

Michèle est en vacances à Deauville avec son troisième mari, le réalisateur Gérard Oury. Très vite, je deviendrai son pharmacien attitré mais les relations avec cette dame resteront totalement professionnelles, dans la plus grande discrétion. Je la verrai une bonne dizaine de fois en trois mois et j’aurai droit à un beau sourire à chacune de ses visites à la pharmacie deauvilloise.

Quarante-cinq ans plus tard, alors qu’elle nous quitte, j’ai pour elle une pensée émue.

Mon Noël 2016 sera un Noël un peu triste. Adieu Michèle.

Phnom Penh le 25 décembre 2015

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