Holy Lola

En octobre 2003, le cinéaste Bertrand Tavernier commence le tournage du film « Holy Lola » au Cambodge. C’est l’histoire d’un couple Géraldine (Isabelle Carré) et Pierre (Jacques Gamblin) qui tentent d’adopter un bébé orphelin. Ce couple existe en réalité, il s’agit de Géraldine et Pierre Alix dont l’histoire est racontée dans ce film. La fille du metteur en scène, Tiffany Tavernier a donné l’idée du sujet à son père. En 2000, elle publie un livre « Dans la nuit, aussi le ciel » (éditions du Seuil) qui traite de l’adoption dans une ville mythique de l’Inde, Calcutta.

Tavernier qui connaît un peu le Cambodge et qui adore le sourire khmer, choisit le royaume pour y tourner son film.

L’équipe venue de France comprend vingt-cinq personnes, alors que localement c’est une centaine de Cambodgiens qui participent au tournage. Tout le monde doit se lever tôt, car il faut parcourir nombre de kilomètres par de très mauvaises routes dans le sud du royaume.

Une partie du film se situe à Kep, et l’auberge du Bout du Monde servira de lieu de tournage. Situé sur la colline des cobras avec une vue imprenable sur la mer Chine, c’est à l’époque le seul hôtel dans la région capable d’accueillir autant de monde. Il faudra d’ailleurs construire des dortoirs de fortune pour les cent quarante personnes du film.

Isabelle Carré, Jacques Gamblin, Bertrand Tavernier à l’auberge du bout du monde Kep.                          

La petite ville de Kep située au bord de la mer, est réputée pour son marché aux crabes. Du temps du Sangkhum Reast Niyum (1953 -1970) c’était la cité balnéaire à la mode où le roi Norodom Sihanouk venait souvent parader dans de belles voitures américaines.    Pendant la période des khmers rouges (1975-1979), les belles maisons coloniales furent abandonnées à leur triste sort, et les vietnamiens « libérateurs » (1979-1990) achevèrent le pillage des valeurs restantes.

L’action principale de Holy Lola se situe à Phnom Penh et dans les environs. Les   orphelinats sont nombreux et situés pour la plupart dans la banlieue de la capitale.                                                                                      

                                  Orphelinat Holy Baby en novembre 2003

Au tout début du film, on découvre quelques familles d’adoptants français qui logent à la pension REGA au numéro 8 de la rue 75 qui se trouve entre l’ambassade de France (1 boulevard Monivong) et la rue de France (aujourd’hui rue 57).

                     Bruno Putzulu, I. Carré, J. Gamblin et Lola à la pension REGA

Cette partie de Phnom Penh située entre la gare, l’ambassade de France, le Wat Phnom, le Tonlé Sap, et, la Poste, constituait le « quartier français » du temps du Protectorat.

 Aujourd’hui malheureusement, le charme de ces résidences et administrations anciennes, disparaît à une vitesse qui affole. Les chinois de Hong Kong et de Shanghai, les malaisiens de Kuala Lumpur, et les coréens de Séoul, bâtissent d’horribles buildings sans aucune concertation, dans une cacophonie de pelleteuses, une noria de bulldozers, et une horde d’ouvriers en tout genre.

De 2003 à 2004, le cercle sportif khmer, ses neuf courts de tennis, sa piscine et son restaurant « Le passe-temps » sont rasés pour laisser place à la nouvelle ambassade US.

                    La piscine du Club Sportif Khmer près du Wat Phnom en 1961

Un horrible bunker protégé comme un fort Chabrol est inauguré en 2005 par nos « amis américains ». Il est déconseillé de faire le moindre cliché même à vingt mètres de l’édifice car des caméras cachées filment en continu, et tout photographe amateur est considéré comme un terroriste potentiel. J’en fus l’innocente victime un certain 15 juillet 2010, subissant une interpellation musclée, confiscation de mes photos, et inspection carabinée de ma chambre d’hôtel par des pandores inquisiteurs du « secret service » de l’ambassade.

Pour braver l’interdit, deux jours plus tard, le Panasonic Lumix planqué dans le quotidien Phnom Penh Post, je me postais discrètement à côté de l’hôtel Sunway (encore une horreur de béton), et je déclenchais une salve vengeresse de clichés défendus.  

 L’ambassade américaine vue de la rue 92, donne sur quatre rues : 96,51,102, et 61

De nos jours, la pension REGA existe toujours. Elle est tenue depuis son origine (années 1990) par un couple vietnamien parfaitement francophone : Mr Duc Dung et Madame Vann Touch (qui jouent leur propre rôle dans le film). Dans leur jardin très arboré où les moustiques pullulent, un restaurant sympathique est bondé le midi, car les prix sont très bas, et la nourriture est correcte. Ils tiennent aussi à KEP un petit hôtel du même nom, situé au début de la ville, mais assez éloigné de la plage et du marché aux crabes.

Un casting fût organisé lors des repérages pour trouver la petite Srey LOLA qui sera le bébé adopté par Isabelle Carré et Jacques Gamblin. (Son vrai nom est Srey Pich Krang).

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                                                      Srey Lola l’héroïne du film

Dans le film, on comprend vite que la corruption gangrène tous les échelons de la société, et la situation politique ne se projette qu’à court terme.

Une bureaucratie poussiéreuse, inefficace et lente, amène les adoptants à des situations extrêmes : crises de nerf, pleurs, pétages de plombs constituent le fil rouge du film à la pension REGA. Les maris excédés par les formalités sans fin, les pots de vin sans lendemain, et les espoirs déçus, font une grève de la faim, en se couchant en plein soleil dans la cour d’un ministère de la capitale.

A la fin du film, la situation se débloque, un haut fonctionnaire, Mr Khieu (joué par le cinéaste et écrivain Rithy Panh) distribue aux couples de français le sésame de l’adoption. Rithy, quitte son bureau, et sérieux comme un pape, prononce de façon dramatique et solennelle, le vers de Victor Hugo :

« L’immuable harmonie se compose de pleurs aussi bien que de chants. »

  Les adoptants sont abasourdis par cette citation d’outre-tombe.

                                     Orphelinat de Sfoda où l’on découvre Lola

Le DVD se trouve facilement, piraté pour quelques Riels au marché russe de Phnom Penh, ou pour une vingtaine d’Euros sur Amazon, mais le plus précieux, c’est le DVD « Bonus » avec le « making-of » du film, et la rencontre de Bertrand Tavernier en 2005 avec sa majesté Norodom Sihanouk au Palais Royal de Phnom Penh.

Pendant le traditionnel échange de cadeaux, Tavernier, mielleux comme un intrigant du moyen âge, offre au roi toute sa collection de films depuis « Coup de Torchon » à « Le juge et l’assassin ». Le roi se courbe en quatre, à la japonaise, comme si on lui avait offert un diamant rose de vingt carats, et pleure de joie quand Tavernier pendant son discours, l’honore d’un « Cher Confrère ».                        

Il faut savoir que de 1953 à 1970, le roi a tourné beaucoup de films où il est chaque fois l’acteur principal, le metteur en scène, le dialoguiste, et le producteur. Sa dernière épouse Monique Izzi (métisse corse-khmère-vietnamienne-chinoise) joue souvent le premier rôle féminin, et les amis français du roi sont souvent de la partie. (Comme Monsieur Spacessi ce corse corpulent qui tenait le Café de Paris à Phnom Penh avant 1975.)

Beaucoup considèrent ces films comme des navets, mais je ne partage pas cet avis. J’ai passé des heures à visionner ces longs métrages quasiment introuvables, et si le scénario est souvent faiblard et naïf, ces images obsolètes sont les témoignages d’une certaine époque du Cambodge.

Le musicien Sin Sisamouth (éliminé en 1976 par les Khmers Rouges) apparaît dans quelques films. C’est l’un des rares documents audiovisuels de cette grande vedette trop tôt disparue, mais pas du tout oubliée. Les khmers le vénèrent aujourd’hui comme un Dieu. 

Une époque très dorée qu’on ne reverra plus, hélas, et même si on peut critiquer le versatile Norodom Sihanouk, ses folies, sa mégalomanie, et ses excentricités, c’était le temps heureux du Cambodge indépendant (1953 à 1970).

Dans « Ombres sur Angkor » au milieu du film, j’adore voir et revoir cette scène irréelle à Angkor Vat le soir. Lors d’un banquet, un orchestre khmer, en tenue d’époque, entonne un cha-cha-cha endiablé « Pepito mi corrazon » : anachronique mais savoureux.

On ne peut voir ce film qu’au Centre Bophana, rue 200 sur Monivong. Cet espace culturel où j’ai rencontré Rithy Panh et son épouse française Edith, est très intéressant car destiné principalement à la sauvegarde de tous témoignages, livres, films, documents, et chansons du patrimoine cambodgien qui n’ont pas été détruits par les méchants khmers rouges ou pillés par les vilains vietnamiens.

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                              I.Carré et J. Gamblin sous la mousson à Phnom Penh

Autre moment délicieux du DVD Bonus, le roi 83 ans a convoqué son orchestre en l’honneur du metteur en scène et des protagonistes du film. Sihanouk fatigué comme l’ancestral orchestre royal, entonne une chanson totalement désuète et inconnue du grand public. Sa Majesté se mélange dans les paroles, et ce moment est délicieux alors que Tavernier en savoure toute la quintessence. Hélas la scène ne dure que quelques secondes et il est bien dommage qu’un indélicat en ait coupé l’intégralité au montage.

 Il s’agit d’une chanson crée par Tino Rossi en 1934 : « C’est à Capri » qu’on peut trouver sur You Tube.

 » C’est à Capri que je l’ai rencontrée, Je fus charmé encore plus que surpris De milles fleurs elle était entourée Au milieu d’un jardin de Capri. »

J’ai rencontré voici cinq ans le régisseur local du film qui m’a donné quelques renseignements précieux sur le tournage. Toute l’équipe logeait à l’hôtel Goldiana, rue 282, dans le quartier chic de BKK1 à Phnom Penh. C’était loin, à l’époque d’être un hôtel de luxe, et en 2009, il était même fermé pour rénovations.

Les repérages ont eu lieu en août 2002 avec seulement 3 personnes : Tavernier père et fille, et le scénariste Dominique Sampiero.

L’équipe du film arrive le 13 octobre 2003 à Pochentong (l’aéroport de Phnom Penh) sous une pluie traversière. On est en pleine mousson et toute la ville est inondée. Quarante chauffeurs seront nécessaires pour les vingt-cinq français et la soixantaine de cambodgiens. Le tournage dure deux mois dans un excellent esprit malgré les difficultés et la chaleur extrême.

Il existe un livre « Holy Lola » de Dominique Sampiero et Tiffany Tavernier chez Grasset entièrement consacré à l’histoire de ce film.

Epilogue :

Fin 2004, alors que je vivais une belle romance sur les berges du Tonlé Sap, au superbe hôtel Mi Casa (aujourd’hui Himawari), je visite pour la nième fois le beau musée Albert Sarraute qui jouxte le Palais Royal. Je reçois un curieux appel téléphonique d’une dame khmère parlant assez bien l’anglais. Elle me dit que c’est OK pour l’adoption et que le bébé est disponible. Je dois maintenant verser le complément en dollars cash. J’ai beau lui expliquer qu’il doit s’agir d’une erreur, que je suis célibataire, et que je ne veux adopter aucun enfant, elle insiste fortement et me rappellera deux ou trois fois.

A l’époque, les autorités françaises avaient interdit les adoptions pour les français suite à de nombreuses magouilles et corruptions en tout genre.

Par contre, la petite entreprise fonctionnait à plein régime pour d’autres nationalités. A mon hôtel Mi Casa, j’ai rencontré de nombreux couples américains et australiens, certains au stade des formalités, d’autres très heureux avec un nouveau-né dans les bras.

Comme l’écrivait Victor Hugo :

« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; Son doux visage qui brille Fait briller tous les yeux Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être Se dérident soudain à voir l’enfant paraître Innocent et joyeux. »

Bernard (Phnom Penh 31 décembre 2013)

.Bibliographie :

  • L’écho du Cambodge (décembre 2013) Article de Marcel Zarca.
  • « Déambulations Phnompenhoises » de Jean Michel Filippi – Kam Editions 2012
  • Phnom Penh « a cultural and literary history » de Milton Osborne 2008 Signal Book
  • DVD Bonus « Holy Lola » 2004 Bertrand Tavernier
  • Documentation personnelle (1997- 2011) Phnom Penh
  • Les Contemplations Victor Hugo (A Villequier)
  • Les feuilles d’Automne Victor Hugo
  • Discographie de Tino Rossi (1930-1950)
  • DVD de Rithy Panh « Barrage contre le Pacifique » 2009 avec Isabelle Huppert

Centre Bophana rue 200 Phnom Penh (Films de Norodom Sihanouk)

Trois singes en hiver

Citation

A Phnom Penh, capitale du Cambodge, les mois de décembre et de janvier sont les moins chauds de l’année. Certains résidents khmers disent même que pour eux c’est l’hiver. Les températures peuvent descendre autour de 20°C mais cela est rare. La plupart du temps en climat tropical, il fait très chaud, le thermomètre dépasse régulièrement les 30°C avec des records de plus de 40°C entre les mois de mars et de mai.

Un lieu de verdure, très fréquenté par les habitants et les touristes, se situe au centre historique de Phnom Penh. Une petite colline est surmontée du temple Wat Phnom qu’on peut gravir par un escalier situé au sud, c’est-à-dire du côté du fleuve Tonlé Sap.

Parc ombragé autour du Wat Phnom

Tout autour de cette colline sacrée, des arbres élancés forment une voûte ombragée permettant aux promeneurs de se rafraichir aux heures méridiennes quand le soleil est au zénith. La plupart de ces arbres centenaires ont été plantés du temps du protectorat français à l’époque de l’Indochine Française qui comprenait le Laos, le Cambodge, l’Annam, la Cochinchine et le Tonkin. C’était entre 1863 et 1953 année de l’Indépendance proclamée par Norodom Sihanouk, roi du Cambodge.

Un peu plus près du grand fleuve, se trouve l’ancien quartier français avec la Poste, le Commissariat de Police, le cadastre, le bâtiment des douanes, la banque d’Indochine, et le Grand Hôtel. Tous ces bâtiments ont été construits à la fin du 19ème et début du 20ème siècle.

Dans ce quartier chargé d’histoire, on aperçoit souvent des macaques en liberté, haut perchés dans les arbres, mais aussi dans les édifices. A proximité du quartier français, les rue 102 et 106 ont leur préférence.  Souvent affamés ils sont à la recherche constante de nourriture. Ce qui parfois, entrainent des situations cocasses lorsqu’ils tentent de voler les passants qui ont des fruits dans leurs cabas. Le vieux marché (Psar Chah) n’est en effet pas loin, à l’angle des rues 108 et 13 dans le quartier chinois.                                               

Trois singes en hiver 2004 (Place de la Poste)

 Pour traverser les rues, contrairement aux piétons, les singes utilisent les fils électriques ou téléphoniques, ce qui leur donne plus de sécurité tant au niveau du trafic que de la population.

DVD City of Ghosts

Dans le film de 2002 « City of Ghosts » avec Matt Dillon, James Caan et Gérard Depardieu, un singe grimpe le long de l’ancien commissariat transformé en hôtel Belleville pour les besoins du scénario.

L’ancien commissariat devenu hôtel Belleville dans City of Ghosts

L’animal effronté vole les Ray Ban de l’acteur et se sauve en vitesse, très satisfait de son larcin. Matt Dillon se plaint alors auprès du tenancier du Belleville, mais le patron, Gérard Depardieu, l’assure qu’il n’y a pas de singe dans son hôtel. (8 Dollars la nuit avec une climatisation qui ne marche pas) !

En 2009, suite à de nombreux incidents avec des touristes au Watt Phnom, et des passants dans la rue 102, le gouverneur du district a mis leur tête à prix : 250 US dollars pour chaque animal fauteur de trouble.  Une femme qui faisait son jogging a été agressée et blessée à la tête par deux singes rebelles dans la rue 106. C’est un incident de trop, les grands moyens vont être mis en œuvre pour faire disparaitre tous ces primates jugés dangereux.

Macaque autour du Wat Phnom

« Macaca fascicularis » ou macaque crabier à face rouge est originaire du Sud Est Asiatique. Il se nourrit de crabes quand il est en bord de mer, mais son régime est omnivore et opportuniste. Il vit en communauté de 5 à 60 individus et il pose souvent problème lors d’interactions nuisibles à l’homme. Les mâles peuvent peser 6 kg, les morsures de ces singes peuvent être très dangereuses pour l’homme.

Je me remémore le livre d’Antoine Blondin, « Un singe en hiver », et j’imagine comme dans le roman, une opération pacifique pour rapatrier tous ces macaques dans leurs forêts d’origine au Mondolkiri ou au bord du Pacifique près de la ville de Kep où le crabe est abondant.

« En Inde ou en Chine, l’hiver, des singes égarés se réfugient dans les villes où ils n’ont rien à faire. Ils sont arrivés là par curiosité, par peur ou par dégoût. Alors, comme les habitants croient que même les singes ont une âme, ils donnent de l’argent pour qu’on les ramène en train dans leurs forêts natales où ils ont leurs habitudes et leurs amis. » Antoine Blondin (1959)                                                                                      

Jim- Phnom Penh (Décembre 2009)

Les petits minous de la pagode Vat Than

Dans la ville de Phnom Penh, dire qu’il n’y a pas un chat, peut faire sourire quand on voit les rues bondées de véhicules en tout genre. Cette capitale abrite aujourd’hui plus d’un million d’habitants, et les motos, vespas et cyclomoteurs doivent égaler ce nombre tant ce moyen de locomotion a la ferveur des citadins khmers.

Par contre, si on prend l’expression « pas un chat » dans son sens premier, il en va tout autrement; les minous et les chiens sont rares au pays du Sourire. La gente canine paye un lourd tribut en alimentant certains restaurants de la capitale. En Extrême Orient, et à Phnom Penh en particulier, cela ne gêne personne qu’un roquet passe brusquement de vie à trépas, de la rue où il errait l’âme en peine, à la marmite accueillante d’un gargotier assassin. Qui va pleurer le sort de quelques milliers de toutous destinés aux fourneaux ?

En Chine, c’est encore bien pire, et mis à part peut-être le chien pékinois, tout bâtard en maraude est un mort en sursis. Dans les marchés de Canton tout ce qui a quatre pattes va vite finir sur l’étal d’un boucher au sourire tranche papaye et à la mine rubiconde.

Les chats ne se rencontrent que dans les pagodes. A Phnom Penh, celles-ci sont légion, on les appelle Vat ou Wat. Hors de l’enfer autoroutier, ce sont des espaces de calme relatif, des oasis de sérénité où les bonzes peuvent méditer mais aussi souvent dormir car il fait toujours très chaud dans cette ville.
Chaque Wat a son secret, chaque temple a son mystère, du plus grand le Wat Bottum au plus célèbre le Watt Lanka, du mieux situé le Watt Ounalom sur le bvd Monivong au plus excentré le Watt Toul Sovannara.(ou Watt Saravann). Tous ont de jolis jardins avec leur spécificités botaniques. Tel temple, près du quartier vietnamien, à l’angle des rues 118 et 107, possède de magnifiques arbres Koki (Hopea odorata), tel autre s’enorgueillit de ses splendides Ixoras odorants, celui qui jouxte le marché Kandall est célèbre pour ses Gardénias endémiques, d’autres cultivent avec soin le Malis qui est la fleur reine du Cambodge.

Sur le boulevard Norodom, pas très loin du restaurant Topaz situé au numéro 182, se trouve une pagode peu connue : le Wat Than.

                                         Wat Than Norodom

Cette pagode est un véritable refuge pour chats errants, sans Dieu ni maitre, peu désireux de finir en civet dans un restaurant de la capitale khmère.Les bonzes les nourrissent mais peut-être que certains minous pour améliorer l’ordinaire, fréquentent-ils, la nuit venue, l’arrière des cuisines du restaurant Topaz. Seul Alain Darc, le chef de ce restaurant renommé connait, peut-être, la réponse.

                Quelques minous sur les colonnes et escaliers du Wat Than

Une dame charitable, un peu vétérinaire, vient parfois aider les moines à soigner les greffiers malades, les grands blessés de guerre ou les accidentés de la route.

Elle est aussi une mère nourricière pour cette cohorte de félins affamés.

D’autres minous n’aiment pas cette promiscuité et préfèrent faire table à part; Comme ce solitaire tigré devant son écuelle vide.

Parfois on peut apercevoir un chat allongé au milieu des bonzes en pleine prière. A quoi peut bien rêver ce félin solitaire entouré d’un monde orange ?

Tous les chats du quartier l’ont bien compris, ce Wat Than Norodom est leur refuge et leur temple favori. Et même s’ils ne sont pas adeptes de Bouddha, pas question de bouder les bonnes gamelles des gentils bonzes.


Les chats sont en grande confiance dans cette pagode du boulevard Norodom.

Les moines les protègent et par un langage qui leur est propre, leur recommandent de ne pas sortir du temple. Le trafic à l’extérieur est ininterrompu et dangereux pour tout félin qui s’y aventurerait.

Bernard – Phnom Penh le 7 janvier 2012

Requiem pour un Gnome

Peu de gens connaissent, dans la capitale khmère, mon copain Tren qui, pourtant, apparait deux fois dans le beau film « Same same but different ».                        

J’ai consulté attentivement la fiche cinématographique de ce long métrage allemand de 2009, mais son nom n’apparait nulle part. Pas  plus que dans le  générique du DVD où l’on mentionne généreusement les auteurs des chansons : Noir Désir, Louise Attaque, Yves Montand, Franz Schubert.                               

Tren est aussi connu sous le nom de son personnage dans le film : « So Pheap ». Il est très fier quand on l’appelle par ce patronyme et qu’on lui dit qu’il est une « movie star » mondialement connue.

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Dinosaures

Vers 1996, je suis à Majunga avec une copine. 100 km de voiture pour un site exceptionnel où l’on trouve des os de dinosaures. J’aurais pu en remplir un camion. Je me suis contenté de deux morceaux d’un fémur de Bothriospondylus madagasriensis et, miracle, j’ai pu les sortir du pays. En 2020, on me mettrait en prison.

Samba pour Sambo

Sambo est à la fête en ce beau dimanche 17 janvier. Une centaine de personnes se sont déplacées au Wat Phnom pour célébrer son anniversaire dans le jardin ombragé qui ceinture la célèbre colline de Phnom Penh. Sambo est une grosse dame de 50 ans, qui est encore célibataire et qui a dévoré, toute seule, son énorme gâteau confectionné à base de fruits de saison (bananes, mangues, papayes). La quinquagénaire est en effet végétarienne sans pour autant être adepte des régimes amincissants du type « Weight Watchers ».

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